E : ET (conjonction de coordination)

ET : conjonction de coordination. Le ET permet d’unir, de créer un plus par un ajout ou un lien entre deux expressions, deux mots. ET, en tête d’une phrase, appelle souvent l’exclamation admirative ou ironique comme l’interrogation qui ouvre les temps passés, présents et futurs. Dans le registre des langues indo-européennes, il semble que la lignée de cette conjonction implique d’aller « au-delà », comme si le ET n’était pas simplement un lien horizontal égal mais une invitation à découvrir un « plus », un « autre », un regard ajouté, complémentaire dans le renforcement ou dans la différence.

Longtemps un groupe d’amis, dont j’ai fait partie, a pratiqué une logique de « ET ». Ce petit mot, qui ne dit rien de prime abord, désignait le nom de nos réunions et le leitmotiv qui en rythmait nos rencontres. Afin d’éviter la pensée unilatérale et fermée, nous nous obligions à partager nos lectures et nos expériences sous plusieurs angles. Nos avis devaient balancer un « ET », comme une façon de défier la logique proposée afin de l’ouvrir à d’autres dimensions. Ce fût une belle expérience qui nous a donné des réflexes concrets dans l’exercice de nos responsabilités.

En matière de réflexion dans le domaine des ressources humaines, ce serait l’occasion pour une personne RH de proposer d’autres regards, d’autres perspectives à un manager directif et volontaire. Le ET donne à voir par effet de dilatation des idées vers des points de vue surprenants : « Et si nous prenions le problème dans l’autre sens ? » « Et si nous ajouterions un bref échange sur des solutions un peu impertinentes qui sortent des raisonnements habituels ?». Et si le ET pouvait devenir un lieu courtois de désobéissance active et intelligente (ne pas qu’entendre que ce que l’on nous dit – ne pas ouïr seulement, obéir venant de ob-ouïr : écouter vers) ? Ouvrir le jugement unilatéral vers une réalité plurielle, augmentée : un outil de langage faisant partie de l’art de gérer les humains en ressources ?

Un leader inspirant aime se convertir à la logique du ET. Afin de monter le niveau de réflexion et d’engagement, il insuffle une aspiration de ET successifs. Il interroge et pousse les réponses dans l’univers du ET : « ET si tu prenais la posture inverse ? Et si tu prenais en compte les émotions suscitées par la mise en œuvre du projet ? ». La montée en puissance va traverser les équipes qui pourront engouffrer leurs idées dans les trous créés par des incitations à la différence, au renforcement, aux alternatives, aux chemins de traverse. Le ET est la simple clé du dialogue, donc de l’échange, donc de l’information travaillée ensemble.

Sous le règne du « OU » au sens de « ou bien », nous sommes placés dans des choix qui risquent de nous conduire à une double contrainte. Si l’on choisit le oui ou le non, nous sommes de toutes façons pris au piège. Donc le « ET » défie un peu le « OU ». Par ailleurs, le risque, ô combien humain du ET, peut aboutir au fatal : ET alors ? (le fameux : « So What ! » de l’impérialisme anglo-saxon). Il se peut donc qu’il y ait un ET qui tue le déploiement du ET avec son envie d’aller plus loin. Il faudrait avoir le réflexe d’oser : « ET alors quoi ? Qu’est-ce qui te permet de fermer la discussion ? Dis-moi (z’) en plus ? ». Il y a des entreprises qui exigent un suivi sans discussions de la part de leurs membres. En évitant le ET, ces organisations coupent les membres des membres : ils ne peuvent apporter leurs ramifications à l’arbre de l’organigramme. La sève odorante qui vivifie est interdite de circulation. Le ET est tué par la cognée d’une pauvre raison sans vie.

Le « ET » est fatiguant aussi. Quelquefois il faut le laisser se reposer. En faisant la sieste, le « ET » mis en sommeil, va récupérer. Au réveil, il va éveiller plus encore : « ET vous qu’en pensez-vous ? ».

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