G : Gagner (verbe transitif)

Gagner : verbe transitif. A l’origine, il s’agissait de trouver des lieux de pâture (les gagnages) pour que des animaux puissent se nourrir et donc assurer une certaine subsistance aux humains. Il y a presque une connotation de sécurité sous-jacente à cette préoccupation de créer du gain. Bien sûr, le sens a évolué vers le fait de dominer une situation pour son propre avantage afin de générer du profit. Gagner devient donc l’opposé de perdre. Les notions de « plus avant les autres, de plus fort, de mieux que », font que, de la première assurance de subsistance, nous passons à une volonté manifeste de puissance. Pourtant, il y a aussi des extensions intéressantes qui tirent la volonté de gagner vers des espaces plus intangibles : gagner en sagesse, gagner les faveurs de la dame de ses désirs. Plus poétique, voire plus incitatif : gagner le large et ainsi quitter les rives de la terre ferme pour un espace mouvant, ouvert et inconnu.

Sans que cela soit explicite, au fond, les ressources humaines ou même les services qui tentent de sertir et servir les humains qui ont des ressources, sont fortement impliqués dans la dynamique de la gagne !
Les RH président aux réponses aux questions : « combien je gagne, combien tu gagnes ? ». Gagner une nouvelle place, pendre de nouvelles responsabilités, gagner en envergure, en potentiel, vont susciter la création de réflexions et d’outils pour que et la personne et l’organisation soit gagnantes. A égalité ? Là, est la question. Et si le verbe gagner, de par sa nature même, ne pouvait jamais se décliner dans l’égalité ?

Les leaders ne sont pas en reste pour utiliser abondamment l’expression « win-win », « gagnant – gagnant ». J’utilise aussi volontiers ce mantra. En écrivant cela, je me demande si ce jeu à somme égale ne serait pas une forme de prise de pouvoir déguisée sous les ornements de la coopération imposée. Exercer son leadership entraîne derechef l’idée qu’il faut gagner et gagner de manière ostensible. Gagner l’estime et la reconnaissance ? Comment les gains intangibles et tangibles devraient-ils se manifester, se matérialiser ? Gagner, dans quel espace-temps ? Gagner ensemble ou moi tout seul, ou un peu des deux ? Gagner en vue de la distribution de la subsistance, de la constitution de réserves, de la thésaurisation à son propre profit ? Dis-moi ce que tu veux gagner et comment veux-tu le gagner alors je serai en mesure d’écrire la « signature » de ton leadership !

En risque management humain, gagner pourrait susciter bien des questions surtout si l’avidité et la spéculation s’en mêlent. La perversion de l’appréhension du temps qui étrangle la durée pour lui faire cracher la pression de l’immédiateté du « tout : tout-de-suite », induit un risque quasi systémique. Nous programmons ainsi le développement de générations, (toutes les générations confondues ?), vers une mentalité de « hold up ». Faire un coup, gagner en une fois, faire fortune tôt dans sa vie, vendre son idée, sa start-up et encaisser le résultat vite fait : une vie comme au loto ! Gagner ou ne pas gagner devenant des moments de bonheur intense ou de déception profonde.

Défier les dérives de l’action de gagner plus et plus vite pourrait suggérer que nous devenions tous des « gagne-petits ». Donc, il ne faudrait pas permettre l’émergence et l’existence d’une société ayant, à sa marge dite supérieure, des gagnants absolus (hors sol). Le fait de gagner plus est-il dépendant de leur génie propre ou des circonstances, ou des revenus récurrents de la richesse cumulée ? Pouvoir gagner nettement plus, est-ce finalement possible grâce à la structure sociale qui concentre la génération des gains sur un très petit pourcentage de la population ?

Un chemin de réflexion, parmi d’autres, renvoie à l’origine du mot : gagner consiste aussi en la formation d’une grande pâture, d’un lieu, d’un territoire, d’un monde sur lequel la subsistance est, pour tous, assurée. Donc gagner signifierait, quel que soit le gain, entrer aussi dans une dynamique de solidarité.

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