H : Herméneutique

Herméneutique : nom fém., adj. Technique (hermeneutikè de teknè) d’analyse et de compréhension des textes et des situations. Procédé qui permet d’interpréter et de donner à comprendre. Approche qui explique et déploie un récit dans un ensemble qui fait sens. Science souvent utilisée dans l’interprétation des textes anciens, notamment des écrits bibliques : quelle est la signification du message ? Comment décoder les symboles et les métaphores dans l’organisation globale du récit-texte ? Celui qui écrit et qui agit et qui décide, quelle est sa vision du monde ? Où situe-t-il ses interlocuteurs et ses lecteurs ? Quelles sont leurs préoccupations ? Le but visé du discours-récit-intervention, lequel est-il ? Comment interpréter les différences, voire les oppositions, entre les sens proposés ? L’herméneutique est voisine de la science des signes (sémiologie). Le philosophe Paul Ricoeur (1913-2005) est la référence par excellence des approches herméneutiques.

Lorsqu’une personne travaille au sein des Ressources Humaines, lors de recrutement ou d’accompagnement de situations conflictuelles, elle mobilise fortement ses facultés d’interprétation. On pourrait presque dire : quelle est sa capacité de lire entre les lignes ? Comment peut-elle aller voir derrière le sens premier mis sur la table ? Comment garde-t-elle une distance souveraine pour mieux lire et donner à voir les jeux d’expression qui révèlent et cachent les motivations d’un candidat. A qui appartient le problème ? Le conflit implique quelles valeurs, quelle vision du travail, de l’équipe ? Quels sont les rapports de pouvoir ? Quelles sont les petites actions symboliques fortement révélatrices des enjeux ?

Un leader utilise normalement un muscle qui se trouve entre ses deux oreilles pour traiter, mouliner, interpréter. Il a une pile à sa gauche, les données d’un problème ou les fameux inputs. Puis à droite de son cerveau, il y a la nécessité de produire des outputs, des pistes, des décisions, des avis. Une interprétation décisive des situations sollicite son sucre cérébral. Il peut, en tant que leader familièrement reconnu, utiliser son expérience, son feeling et son autorité pour affirmer son interprétation de la situation et les décisions qui s’ensuivent. Comme l’aurait affirmé Mark Twain : « Deux qualités sont requises pour être un leader : ignorance et confiance en soi ! » Souvent cela ne suffit pas et révèle un style de leadership qui s’exprime par des avis péremptoires indiscutables, avec les ravages potentiels que l’on sait. Peut-être une méthode d’interprétation pourrait l’aider à rendre mieux discerner, à mieux mettre en relief les enjeux. Quelle est mon expérience positive et négative de la situation ? Les parties prenantes, quelles sont leurs attentes, quelles sont leurs intérêts affichés, supposés ? Je vise quoi pour moi et pour eux ? L’herméneutique ose des questions systématiques et structurées qui se corrigent les unes les autres.

En risque management humain, le fait de se passer du verbe interpréter, (hermeneuien), conduit souvent à des décisions qui relèvent du « J’aime et je connais, donc je suis à l’aise et bon dans la négociation » ou la version « J’aime pas, je ne connais pas, ainsi suis-je réticent et pas à l’aise dans la négociation ». Ces deux postures sont éminemment risquées parce qu’elles mobilisent des ressentis émotionnels profonds qui peuvent nous aider, certes, mais aussi nous aveugler. Je me suis laissé dire qu’entre le « J’aime et je suis à l’aise dans la négociation et le processus de décision » et le « Je n’aime pas… », il y aurait un interstice, un espace possible, un entre-deux dans lequel l’herméneutique peut s’insérer et jouer son rôle. En anglais, désolé, cela s’appelle : being suspicious : être à distance pour mieux poser des questions. Ne pas hésiter à mettre en route une méthode qui ose le soupçon systématique ! Au fond, dans les ressources humaines, dans le leadership, dans les techniques de négociation, la machine qui diminue le risque c’est le questionnement inlassable sur les raisons qui président aux arguments, sur les intentions déclarées ou cachées des interlocuteurs, sur ses propres paramètres de décision. L’herméneutique : c’est anticiper le risque en amont par une dynamique scientifique de soupçon serein, sans concession !


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