I : Inné, ée

Inné, ée, adj. Ce qui est donné par la naissance. L’histoire de cet attribut est reliée à la famille de l’engendrement : naître naturellement avec des facultés - des dons ou des faiblesses - déjà présentes dans l’acte même de venir au monde. Ce participe passé latin est mis en dialogue avec l’acquis. Ce qui est reçu à la naissance n’a plus besoin de s’acquérir. Les approches opposant l’inné et l’acquis déterminent des courants pédagogiques puissants. L’inné étant proche du concept de race, la race étant sensée apporter par naissance des facultés. L’inné n’a donc pas bonne presse dans des milieux qui privilégient l’éducation et la formation comme fondements du caractère de l’individu. Sans parler de ceux qui se méfient des conséquences concrètes des idéologies racistes et qui relèguent l’inné dans les oubliettes de l’histoire.

Est-ce que cette problématique touche les ressources humaines dans leurs pratiques concrètes notamment au moment de l’embauche ? Souvent, le candidat est invité à citer et à expliquer des épithètes révélatrices de qui il est. La distinction est difficile à opérer. Comment savoir si ces descriptions relèvent de la naissance ou du parcours de vie qui a fini par creuser un profond sillon ? Une impression finit par s’imposer quand même : lorsqu’une personne manifeste des comportements fortement ancrés, on dit souvent que l’on ne peut rien y changer parce que c’est sa nature profonde. Renvoyer à cet inné, permet souvent de baisser les bras et de se dire qu’on ne pourra rien faire. Le biais ultime consiste souvent à psychiatriser des attitudes qui nous font peur : la nature de l’autre est intrinsèquement mauvaise, ose-t-on dire. Attention aussi de tenir compte des dispositions naturelles clés d’une personne : la faire agir dans un contexte contraire à celles-ci peut engendrer des dégâts importants. Dans le jargon RH, nous parlons de personnes à contre-emploi. Donc avec un inné non pris en compte !

Les leaders souvent se targuent d’être nés leader ! Leurs admirateurs leur prêtent aussi cette identité comme étant issue d’une naissance quasi extraordinaire. Les vrais leaders ne seraient que naturels et n’auraient rien appris qu’ils ne savaient déjà d’une certaine manière. Ils possèdent l’inné du leadership. Mieux : l’inné du leadership les possède ! Cet inné, curieusement, finit par paraître davantage surnaturel que naturel. Leur naissance préfigure un surhomme. Pas de polémique abusive : mais signalons que les chefs religieux, et pas que, sont affublés, par leurs zélés disciples, de caractéristiques qui signalent que leur naissance est (quasi) divine. Bien sûr, le génie du meilleur et du pire est probable lorsque ces leaders croient en leur destin. L’inné ne devrait ni tout justifier ni tout excuser.

En risque humain, il faudrait éviter d’avoir une approche trop centrée sur les causes. Par exemple : dire que ce comportement est dû à une faiblesse congénitale, ou que cela provient d’une force d’âme peu commune ! Comme Obélix, on dit quelquefois qu’il est tombé dans la marmite de potion magique lors de sa naissance. Cette sorte de référence absolue simplifie le jugement, certes, mais est-ce faire droit à la confrontation d’une personne à des séries d’événements et d’expériences marquantes ? La prédétermination de l’inné, la prédestination qu’elle implique, risquent de ségréger, a priori, les bons des mauvais, les élus des autres.

Personnellement, une de mes pirouettes favorites consiste à proclamer que, chez un individu, il y a 100 % d’inné et 100 % d’acquis et débrouillons-nous avec cette arithmétique ! Une explication quand même : si l’inné est un trésor donné à la naissance, il est impossible de connaître son prix tant qu’il n’est pas valorisé dans les échanges de la vie. Sans échanges, sans place du marché, sa valeur est inconnue. De même, si vous n’avez que les échanges et rien à échanger sur la même place de marché, si vous ne possédez pas de trésor grand ou petit, vos partages d’expérience sont impossibles. L’inné est donc le trésor reçu lors de son engendrement et qui prend toute sa valeur dans l’acquis des expériences de la vie.

Et puis, qui dit que naître, se faire engendrer, se passerait en un acte unique et définitif ?

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