L : Lâche

Lâche : adj. Absence de tension resserrée dans une matière. Molle attitude, donc détendue, vague, flottante voire flasque. Dans l’expression, cela pourrait passer pour de la négligence ou pour une absence de force et de fermeté, par exemple dans une phrase trop large et rédigée de manière peu concise. (Cette phrase-là, au hasard !) En langage figuré, l’élasticité du lien s’impose tout en ne s’imposant pas. Les personnes dites lâches, donc celles qui laissent suinter leur absence de courage, leur servilité, leur couardise, leur dégonflage et leur bassesse, sont méprisables parce qu’elles refusent de regarder la vie en face. Brave, énergique, audacieux et indomptable sont les antonymes et les antidotes des comportements les plus lâches.

Si vous avez des discussions animées avec des personnes au féminin, vous êtes sûrs que l’adjectif « lâche » sera surtout accolé au genre masculin. On se demande bien pourquoi. Les attentes envers les mâles sont-elles très élevées en matière de courage, de témérité et de fermeté dans la décision ? Donc toute défaillance va être soumise à un sévère jugement. Bon à savoir : la faiblesse a, paraît-il, un sexe, la lâcheté en a, sûrement, un autre. De fait, le courage et la lâcheté feraient-ils partie du monde des vivants comme l’agressivité et la fuite chez les animaux dont nous sommes bêtement solidaires ?

Dans le bagage des talents des humains avec beaucoup ou peu de ressources, il y a, presque à coup sûr, une boîte qui a pour étiquette : « oui, mais non ». Ladite boîte est non seulement fermée mais elle est, en plus, vendue décorée avec une signalétique inverse au contenu. « Courageux mais pas téméraire » est la devise la plus communément gravée sur le couvercle. Mais de grandes et héroïques promesses tressent aussi des rubans aux rutilantes couleurs autour des comportements lâches mis sous vide. Souvent sous un vide sidéral et sidérant. Oserons-nous poser, au hasard d’une conversation avec un candidat, la pertinente question : « La dernière fois que vous avez été lâche, c’était quand ? Racontez donc un peu ce moment sans gloire ! » Mais, dit-on, un moment de honte est si vite passé !

Leader et lâche commencent par la même lettre ! A ceci près que le leader doit vraiment tout faire pour cacher ses comportements et ses décisions les plus lâches. On peut même se demander si l’énergie du leader n’est pas principalement dépensée dans cette volonté de ne pas montrer ses grandes et petites lâchetés. Par coquetterie, il en laissera entrevoir quelques unes, histoire de démontrer sa part d’humanité et de manifester une évidente supériorité qui le dispense d’être totalement irréprochable. La faiblesse avouée, le doute partagé sont nobles, la lâcheté, déguisée en décision élastiquement opportuniste, est veule. Leaders, faites gaffe : la mémoire des membres de vos équipes, celle de vos contreparties, celle de vos clients, est rayée au diamant lorsque vous ouvrez la flasque boîte du « oui, mais non » !

Un filet qui, par de lâches mailles larges, laisse passer trop de comportements potentiellement inadéquats, est la hantise des risques managers humains. Ils installent des filtres si fins que les broutilles ne passent plus sans des contrôles très serrés, souvent peu utiles. Les inadéquations grossières passent quelquefois à côté ou en dessous des filets. Par ailleurs des comportements lâches peuvent procéder d’une négligence crasse ou même structurelle. Par exemple : les emails ou les SMS concoctés de derrière son écran ou de son i-phone, sont souvent de lâches évitements d’un échange face à face. De même, en va-t-il des messages en copies qui lâchent dans l’organisation des vents de déresponsabilisation, le lâche rédacteur se défaussant sur les autres pour contrôler et accomplir ses dernières éructations. Il faudrait aussi parler des lâchetés institutionnelles où chacun, chacune aussi, se renvoie la balle pour la mettre dans les filets d’une raison abstraite : « je l’avais bien dit », « cela ne se fait pas ainsi », « il faut une autorisation d’un supérieur hiérarchique », « je lui ai déjà donné sa chance » !

Il faudrait faire allusion à l’illusion du fameux : « lâcher prise » ! Un tuyau d’arrosage relié à une prise d’eau, si vous le lâchez, il va se tortiller dans tous les sens et d’arroseur vous serez arrosé. Je me suis demandé, s’il ne fallait pas être un peu lâche dans le « lâcher prise » afin de prendre fermement en mains sa propre lâcheté et la jeter hors de soi !

Faut-il se lâcher si fort sur les lâches ? Un peu d’introspection est la bienvenue, aussi. Dans mes souvenirs, il y a une injonction de fond : « que votre parole soit oui, oui, non, non », tout le reste étant pour le diable, lâché dans l’humaine nature ! (Voir Matthieu 5,37).

Taille de la police:

Articles