M: Maître, maîtresse

Maître, maîtresse : nom. Vient de l’improbable paternité indoeuropéenne de « Meg » : grand. Magister en latin : celui qui est plus grand, donc un maître qui maîtrise parce qu’il est « plus » que les autres. Donc une personne qui agit avec autorité et qui dispose de pouvoirs sur les êtres et les choses. Il peut donc se faire servir. On parle souvent de maîtresse, qui peut aisément prendre un pluriel potentiel, pour les amants qui les collectionnent. Ces derniers sont rarement, dans cette position, appelés maîtres, mais c’est possible dans d’autres positions. La malice peut se trouver dans la simple souveraineté sur la domesticité : la maîtresse de maison est souvent une maîtresse femme qui préside énergiquement à l’organisation familiale. Maître peut assujettir, dominer, mais aussi former ou donner forme à un art, fut-il oratoire pour mieux plaider, histoire de donner du « cher Maître » aux avocats. Etre son propre maître, sa propre maîtresse, permet d’étendre son empire sur soi-même. Aussi, ce titre de maître peut-il conférer la liberté de faire ce qui semble bon et d’exercer le bon vouloir de décider ou de ne pas décider. Se rendre maître d’une forteresse ou d’un incendie révèle un pouvoir guerrier voire efficace. On osera dire que, finalement, maître ou maîtresse qualifie une personne qui dirige, enseigne en démontrant adresse, expertise, compétence et savoir faire. Cette personne peut ainsi devenir exemplaire et permettre à des disciples d’être instruits, initiés. La pièce maîtresse révèle l’essentiel d’une collection. Maître et maîtresse sont-ils les pièces essentielles de cet éclectique alphabet ?

Devenir maître ou maîtresse en ressources humaines suppose être un orfèvre en la matière. Orfèvre parce que le sertissage des personnes avec leurs compétences et leur potentiel, dans une stratégie organisée, sollicite un art subtil. Comment allier les couleurs et les carats ? Comment relier des bijoux disparates ? Comment juxtaposer la flamboyance et le rayonnement discret, voire terne ? Comment faire pour que la pièce maîtresse tienne en équilibre les autres éléments ? La grandeur du maître RH provient d’une certaine créativité, d’un certain don d’artisan pour le calage et pour l’articulation des métiers. La connaissance scientifique des savoirs acquis demeure au second plan. Au fond, le maître RH finit par essayer, développer et cumuler des recettes, des savoir-faire pas toujours transférables. Par imitation, quelques initiés pourront capter, auprès d’un maître ou d’une maîtresse, l’art et la manière d’être un DRH, non pas à l’école, mais dans les ateliers des humains au travail.

Maître et leader, sont-ils des synonymes avérés ? Peut-être que l’idée de dominance finira-t-elle par prendre des rides. Finalement, être le plus grand, donc être un maître incontesté, devient de plus en plus difficile. Le savoir, les compétences et les formations ne sont plus l’apanage d’une classe privilégiée seulement, même si dans certaines nations et organisations au fort pouvoir central, la hiérarchie des savoirs joue encore la partition élitaire. De fait, si les équipes sont mises au service du leader et de ses objectifs, il y a fort à parier que les personnes vont faire payer ce service très cher par des comportements discrètement ou ouvertement inadéquats. Les subordonnés risquent aussi de payer de leur santé la souffrance induite par des maîtres qui règnent sans maîtrise vraie. Le renversement est attendu : si le leader, dans son rôle de maître, ne rend pas service au groupe et aux visées solidaires de son organisation, il va se faire éliminer, tôt ou tard. Hélas c’est souvent très tard.

Les pièces maîtresses constituent le centre des préoccupations des risques managers humains. Ces derniers cartographient l’organisation en donnant des sigles secrets à des postes-clés occupés par des individus catégorisés. Ils dessinent les organigrammes avec des repères qui sont autant de charnières à maîtriser. Comme ils sont payés par eux, ils n’osent pas avouer qu’ils s’arrogent le pouvoir de maîtriser les maîtres. Ainsi, le pouvoir des maîtres finit-il par la queue se mordre.

« Ecoutez les maîtres mais ne faites pas ce qu’ils disent, car ils disent mais ne font pas et ils font porter des charges sur leurs subordonnés qu’ils ne remueraient pas du petit doigt ». Chiche que vous allez trouver la référence de ce texte que j’ai piqué, de mémoire vive, chez un maître anti-maîtres !

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