O : Orgueil

Orgueil : n. masculin, surgit d’abord du langage francique « urgoli » signifiant « fierté ». Dans mon pays natal, la Toute Haute Provence du Valais, le mot orgueil possède aussi une signification positive. Tu peux être orgueilleux de ton ouvrage, donc fier ! Ma mère osait me présenter comme un fils qui a de l’orgueil « bien placé » ! J’en rougis encore, de fierté peut-être mal placée...De fait, l’orgueil procède d’une considération exagérée de soi-même, une sorte d’hyper monstrance de ses qualités gonflées. Un ami dominicain, devenu cardinal, disait d’un confrère professeur, qui avait une très haute opinion de lui-même et de son enseignement : « Le Père J. est non seulement une étoile, une star, il est aussi un moi lacté à lui tout seul ! » En latin de la liturgie, le vocable utilisé pour les orgueilleux dans le Magnificat (voir Evangile de Luc, 1,46-56) est : « dispersit superbos » , écarte, disperse les orgueilleux (afin d’élever les humbles). Les orgueilleux sont donc superbes et trop facilement : super bosses ! Ils peuvent s’enorgueillir d’être majestueux, stimulants et excitants. Pour cela ils doivent un peu se pavaner, se rengorger. La vanité, sorte de cache misère de ce qui est vain, donc vide, est une cousine pas si éloignée du cœur orgueilleux.

Les humains ont des ressources infinies : l’orgueil est souvent présent, mais déguisé, particulièrement dans les entretiens d’embauche, sous les atours de la courtoisie, voire d’un humour très second degré, presque col monté. Curieusement, il y a, dans les travées des espaces ouverts, des collaborateurs et cadres intermédiaires ayant des déficits d’orgueil. La superbe managériale du sommet de l’organigramme la déconsidère souvent ces subalternes, les humbles, ceux qui sont proches du sol, de l’humus. Ceux-ci attendent la mise à l’écart de leur chef pour mettre leur fierté en avant.

En matière de pouvoir, l’orgueil est une forme de capital-risque à manier avec intérêt(s). Il s’agit d’un produit d’investissement assez volatile. Son cours est cyclique. Le calcul de sa valeur de marché est assez compliqué : s’il fallait rémunérer les grands dirigeants selon leurs propres estimations, ils seraient, et ils le sont : impayables !

D’étrange manière, en matière de management des risques humains, les orgueilleux n’ont guère à s’inquiéter : être présomptueux, prétentieux, suffisant, arrogant et exprimer insolence et dédain : tout cela efface les soupçons. La hauteur de la gloriole est prise pour de la gloire, argent comptant. La superbe est convertie en supériorité et en degré d’importance reconnu et salué. Les risques-managers contemplent béatement ce contentement qu’ils prennent pour de la compétence jamais vue. Ainsi sont-ils aveuglés.

Finalement les orgueilleux sont des pièces maîtresses dans un dispositif technique : à cause de leur port de tête, les pièces de bois, de métal ou de pierre font se dresser le sommet du levier qui libère un poids, un fardeau. Cet instrument a pu porter le nom de cric. Il me semble qu’il ne faille l’utiliser qu’en cas de panne.

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