P : Performance

Performance : n. fém. : un mot prêté aux anglais par l’ancien français et qu’ils ont rendu cavalièrement et au pluriel avec les performances d’un cheval de course. Il semble que le par-fournir sonne derrière la prestation exceptionnelle, l’exploit. Une personne performante est donc un fournisseur haut de gamme, est-elle partenaire de ses clients ? Les performances sont donc des sortes de mesure de la perfection. En psychologie, par un passage à tabac américain, la performance est le résultat évalué d’un test. Dans le spectacle, la performance a fini par désigner toute manifestation artistique réalisée. Accomplir, réaliser, exécuter réclament un classement des performances et des contre-performances. Passons du cheval à l’humain, puis à l’artiste et au rang auquel la performance donne droit.

Le souci de tout mesurer hisse les humains au sommet de leurs ressources afin qu’ils soient classés selon leur performance potentielle ou réalisée. Les RH organisent donc des revues de performance qui sont aux entreprises ce que les courses sont aux hippodromes : des courses de vitesse, voire d’obstacles qui sélectionnent les gagnants et leur confèrent des ordres d’arrivée. Faire partie des « top performers » (histoire de rendre le mot aux anglo-normands), est le trophée sur lequel les paris sont ouverts. La vie professionnelle, la vie tout court, est donc transformée en souci de figurer dans le tiercé gagnant, soit pour en faire partie, soit pour y jouer, dans le vain espoir de gagner.

Leadership et performance vont ensemble comme le cavalier et sa monture. A ceci près que les vrais leaders sont cachés dans les tribunes, ce sont eux qui ont organisé la série des courses et décidé des paris. Ils parient eux-mêmes et misent sur la sueur convaincante des performances réalisées par autrui sur le champ de course. La performance des leaders ? Elle se trouve dans le ticket managérial de la performance des autres.

Les maîtres des risques voient dans l’arrière arrière-train de la performance l’arnaque possible, le pari fou, l’acharnement ou l’épuisement qui pourraient mener à la culbute. Ce sont eux qui ont des jumelles : ils ne jouent pas toujours, mais ils rédigent déjà le compte-rendu des performances réalisées. Ils oublient souvent de visiter le paddock des parieurs.

Le souci des performances fini par épuiser tout le champ de l’entreprise. Peut-être est-ce un mot qu’il faudrait rendre à la vie sauvage et libre. Un étalon dans la grande prairie sans selle ni lasso ni cavalier. Une entreprise sans trop de barrières qui privilégie l’attractivité indiscutable de la beauté et de la force de ses services : une nouvelle performance à venir ?

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