R : Reposer

Reposer : v. tr. et pron., avec un tel verbe nous nous retrouvons à la limite de cet alphabet qui s’articule autour du monde du travail. Le repos nous mène aussi à la frontière de la vie, le repos éternel étant donné pour que nous reposions en paix ! R.I.P. Requiescat In Pace ! Le verbe possède des vertus linguistiques calmantes, apaisantes, délassantes. Pausa, en latin, signifiant : pause, arrêt, cessation. Laisser en jachère, garder l’immobilité, sont des états proches aussi d’une absence d’angoisse, de guerre, d’agitation. Se reposer amène la quiétude, le contraire d’être inquiet. Cela conduit aussi à la contemplation béate, sans but, de l’otium (par exemple : otium Dei = repos en Dieu). L’envers absolu de l’otium étant le negotium, le négoce, les transactions marchandes, le boulot devenant la négation de l’otium, de l’acte de se reposer pour « faire rien ».

Dans les bureaux des ressources humaines, le calcul des temps de repos constitue un casse-tête de plus en plus sympathique, le législateur protégeant les employés et les managers voulant bénéficier de tout le suc cérébral, en tous temps, de ces derniers. Les RH ne savent comment échapper aux uns et aux autres. Où est la frontière ? En voie de disparition. Les RH doivent gérer travail et repos dans une combinaison explosive. La déconnexion étant matériellement impossible à justifier, le repos devient ainsi une semi-vigilance angoissée. Pour ce dérangement du repos, quelle rémunération ?

Prendre du repos peut aussi relever d’une injure potentielle qui affleure sur les lèvres des leaders. La récupération volontaire efface l’espace béat de l’absence de fatigue pour révéler une maîtrise parfaite de ses énergies. Les cours de « lâcher prise » pour les managers sont en fait une pure arnaque leur permettant de mieux reprendre prise sur leurs responsabilités. Le repos n’étant plus un en-soi légitime mais l’esclave soumis au maître cravachant ses responsabilités. Combien de leaders ne disent pas vraiment leurs temps de vacances et combien d’autres sont fiers d’être en connexion perpétuelle et heureux de partir et de revenir les fins de semaine avec des piles de dossiers pleins leur serviette ? Le repos éternel les serre de près. Ils ont l’air d’aimer la proximité potentielle du baiser de mort de la belle et terrible grande faucheuse.

L’acte de se reposer, même sur quelqu’un, ou en soi, constitue un risque certain dans la gestion des risques. La locution : se reposer ne devant être utilisée que dans l’expression : « ce n’est pas de tout repos » ! La fatigue étant la monnaie à payer pour la récompense. Le relâchement est lu comme un manque de vigilance certain. Donc le repos devient un espace incontrôlable : que dit-on auprès de la machine à café ? Les pauses devenant potentiellement un moment de sédition ou, à tout le moins, de création de rumeurs qui partent en tous sens. Dans l’univers de la gestion des risques, le repos doit être contrôlé, il se situe, comme dans l’univers militaire, dans un petit espace entre deux : « à mon commandement : garde-à-vous ! ». Repos !

De fait, le vrai repos engendre un moment de grand danger : je risque de me poser des questions métaphysiques : quel est le sens de mon action, mon temps, je le donne à qui ? Ma motivation : quel nouveau logiciel dois-je plugger dans mon cerveau ? Ma vie…où se dévide-t-elle ? Un conseil : si vous voulez affronter les vraies questions de l’existence, prenez du vrai repos. Autrement, limitez les dégâts. Trois semaines de vacances : bonjour les angoisses métaphysiques !

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