T : Travailler

Travailler : v. un tel verbe attesté au 11 ème siècle provient du bas latin populaire : torturer, tourmenter, faire souffrir et souffrir. Souffrir voulant dire endurer et supporter. Le lien est à faire avec un instrument d’entrave qui repose sur trois pieds, trois poutres, dit-on aussi : tripalium. Pour les animaux comme pour les humains, il s’agit de subir une charge comme un chevalet à trois dimensions. La notion de souffrance est claire, celle de la femme en travail d’enfantement, celle du condamné qui, par la torture, est travaillé à l’aveu à produire. Dès le XVI ème siècle, l’idée d’efficacité commence à s’imposer. Travailler conduit à produire des résultats, à condition, bien sûr, de faire des efforts. Le verbe travailler rend l’acte humain utile et utilisable. Pour le vin, il s’agit de le laisser travailler, comme son argent, il y a donc l’idée d’une germination potentielle. Dans la Bible, livre de la Genèse, le travail est une mission heureuse de prolonger la création, puis, après l’histoire de l’arbre interdit qui a fait qu’Adam (adama : l’administrateur, l’organisateur du territoire) et Eve (evea, la fluidité, la vie) n’ont plus considéré les autres arbres du verger du Paradis pour privilégier leur désir d’interdit, le travail est devenu ainsi une punition : la sueur de nos fronts. En latin, labora, a donné le labeur. Chez les anglais, labour, chez les américains, labor. Laboureur et collaborateur sont de même nature !

Aux ressources humaines, il serait bien que les contraintes des emplois offerts soient aussi exposées aux candidats. En France, les RH et les chefs emploient l’expression discutable : « les salariés ». (Origine : ration de sel, solde, émoluments, rétribution). Même si le mot collaborateur implique nécessairement la notion de labeur, elle donne aussi l’idée d’une connexion nécessaire entre les personnes qui travaillent. La collaboration devrait être un élément clé de la description du poste et de l’évaluation, si on utilise encore, pour un certain temps, ces deux outils.

Pour un leader, le travail est à déléguer, à diriger et à contrôler. Quelquefois on peut se demander si monter dans la hiérarchie ne consisterait pas à échapper à la pénibilité du travail. De fait, pour jouer le rôle de chef, il importe de plus en plus de montrer que l’on a beaucoup (trop) de travail. Une observation simple avisée devrait donner à voir aussi que « Work is Theater ». Le travail est aussi, sur la scène managériale, du théâtre. Ne pas toujours applaudir les acteurs. Rideau.

Pour les personnes sensibles aux risques, travailler suppose immédiatement l’établissement et la mise en œuvre de normes de sécurité. Celle-ci protège et souvent entrave le travail. Si on se réfère à l’étymologie, si travailler relève d’accepter d’être entravé, les risques managers entravent ceux qui sont entravés !

Toutes les personnes qui gravitent dans l’univers des humains au travail essayent d’instiller, depuis des années, la notion de bonheur au travail. Comme on ne veut pas voir et éprouver de la peine tout en la recouvrant de faux bien-être, on finit par souffrir encore davantage.

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