V : Valeurs

Valeurs : n.f. plur. De valor, valoris, valorem (acc.), le mot valeur est d’abord, dans la Chanson de Roland, par exemple, attribué à des personnes pour leurs mérites et révèle ainsi leur importance, voire leur bravoure. Mettre quelqu’un en valeur c’est le mettre dans une haute position. Dès le 13 ème siècle, le terme s’emploie dans un registre de mesure : des biens mesurables qui peuvent être négociés. Le prix est donc partie du mot et donc, ce qui à de la valeur va pouvoir se vendre chèrement. Il y a derrière tout cela l’idée de mise en évidence.

Au 19ème siècle, dans une approche plus abstraite, le mot valeur affirme un jugement personnel sur ce qui est vrai, beau ou bien : des valeurs morales, des valeurs littéraires. Il s’en suit, pour mieux dialoguer avec la notion de mesure, que les jugements peuvent s’établir selon des échelles des valeurs, d’un système de valeurs. En sociologie ce mot est lié aux concepts de jugement, de norme.

J’utilise ici le pluriel : les valeurs, parce qu’aujourd’hui ce terme générique décrit et les personnes et les organisations : quelles valeurs véhiculent-elles ? De quelles valeurs se réclament-elles ? Les valeurs semblent constitutives de la marque individuelle et collective.

Quelle est la valeur des humains ? Y aurait-il une balance céleste qui nous permettrait de mesurer la densité des femmes et des hommes que nous embauchons, que nous formons et promouvons ? Au fond, à la place de mesurer la performance potentielle d’un individu, ne devrions-nous pas aussi mesurer l’attractivité, le bien-fondé de cet individu avec lequel nous dialoguons ? Bien sûr, nous pouvons poser la question de savoir quelles sont ses valeurs. Mais encore faut-il savoir quel prix cette personne est-elle disposée à payer pour assurer, défendre, promouvoir ces valeurs. Les réponses sont souvent abstraites, le discours est même très convenu. Il faudrait juste poser des questions impertinentes pour savoir, précisément, comment la personne exerce-t-elle, concrètement, ses valeurs.

Quelles sont les valeurs essentielles d’un leader ? La littérature en la matière est abondante. Courage, respect, assurance, probité et éthique sont au rendez-vous. Je me demande quelquefois comment mesurer ces grands termes. Les valeurs sont souvent proclamées, sont-elles déclinées dans une échelle qui permettrait de savoir si elles sont mises en œuvre et avec quel degré d’intensité ? Je me suis même demandé si les valeurs ne pouvaient pas constituer une sorte de paravent protecteur. Je me souviens d’un titre de dissertation imposé par mon professeur de français : « La tyrannie n’est jamais mieux à l’abri que sous l’étendard de la liberté ! » (de mémoire et je n’ai pas de souvenir de l’auteur de la citation). En fait, je rencontre des organisations qui proclament de grandes valeurs externes et internes, mais dont les pratiques concrètes sont quasiment déviantes par rapport au discours affirmé. Les fournisseurs sont pressurisés et ou privilégiés, les employés sont en mode de prêter allégeance et forment des groupes de soutien exclusifs, les cadres se servent de l’organigramme pour y tremper leur biscuit. Les valeurs servent de couverture…

Les valeurs ne risquent rien tant qu’elles sont inspirantes, certes, et peu contraignantes aussi. Longtemps, nous avons été baignés dans un monde de valeurs : les valeurs chrétiennes, la charité. Les valeurs démocratiques : le respect des idées d’autrui et la recherche d’un consensus. Puis, ce vocable : « les valeurs », a fini par nous narguer de par sa hauteur. L’éthique, avez-vous un thermomètre pour la mesurer ? Le respect : est-il aussi un évitement de la vérité ? J’ai souvent l’envie de proposer de passer des valeurs aux réflexes concrets. Qu’est-ce que nous faisons précisément : le respect c’est peut-être venir à l’heure à la réunion, avec les bons documents et être préparés. C’est peut-être aussi de ne pas dire du mal des clients, des dirigeants et des collègues. Le plus grand risque est de proclamer des valeurs et de les bafouer.

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