W: Why

Why : désolé, mais cet anglicisme est incontournable depuis la démonstration omniprésente de Simon Sinek sur Youtube, 10 ans déjà. Les notions de leadership et de marketing sont renversées. Ainsi faut-il passer de l’idéologie de la performance et des objectifs à la notion d’attractivité qui devient un nouveau paradigme en point d’interrogation désormais inéluctable. Le quoi (les produits et les services) et le comment (les habitudes culturelles) sont subordonnés à la raison d’être d’une entreprise : le why d’une organisation et ou d’un projet détermine le tout. Un client ami, me dit que sur 10 nouveaux clients, 7 vous trouvent. Ils doivent trouver votre why, votre pourquoi. Donc il faudra se laisser trouver, laisser son why devenir un aimant, une densité décisive.
En anglais, le why, sorte de figure améliorée du what, du quoi, apparaît avant le 12 ème siècle. En français, dans le même temps, l’idée est de souder le pour et le quoi. Il y a, derrière ces étymologies, l’idée de la raison qui justifie la décision et l’action qui s’en suit, et, dans le même temps, le souci de trouver un horizon de sens qui va inspirer la mise en œuvre. Les notions de cause, de raison et de proposition sont au rendez-vous. Le « wherefore » : le pourquoi dans l’action : « où tu vas ou qu’est-ce qui fait que tu n’y vas pas ? » sont au cœur de l’action humaine.
Il faut souligner que le pourquoi se trouve au milieu d’une tension entre la cause initiale, ce qui fait que nous avons décidé cela, et la cause finale, ce qui fait que nous voulons atteindre le but proposé. Le pourquoi est une interrogation subversive : demandez pourquoi à quelqu’un c’est le toucher sur les fondements et les intentions de ses propositions. Le pourquoi est une contestation en soi. Il défie l’affirmation pour aller chercher et le motif, ce qui met en mouvement, et les résultats projetés, qui suscitent le désir.
Nos enfants, dans l’âge métaphysique (6-8 ans), nous assomment de pourquoi : pourquoi la mort, pourquoi le travail, pourquoi la souffrance, pourquoi l’amour, pourquoi tu ne réponds pas vraiment à mes questions ? Le pourquoi va aller mordre au tamis de nos reins : pourquoi j’existe, pourquoi j’aime ou je n’aime pas. Le pourquoi est juste la racine qui excite la floraison de notre raison de vivre. A propos, pourquoi lisez-vous cet article ? Il faut même avouer, à la suite de Novalis, que «  la rose est sans pourquoi » et que, dans cette existence, il y a des raisons vides de pourquoi.


Quelle est la raison d’être, le pourquoi, des ressources humaines ? Le pourquoi est souvent dans la sélection, le suivi et l’intégration de la personne dans l’organisation. Il faut l’évaluer, la former et la payer. Le pourquoi est dans l’interaction régulée entre l’entreprise et la personne. Pourtant, nous pourrions imaginer que les personnes des ressources humaines soudent l’itinéraire individuel avec le collectif stratégique de l’organisation. Cette soudure est fragile et réclame du soin. En effet et les structures organisationnelles bougent et les personnes évoluent. Le pourquoi s’inscrit donc dans une tension constante, ce qui entraîne un souci constant de prendre le pouls de la motivation : quel est le pourquoi de la personne qui s’engage et quel est le pourquoi mis en avant par l’entreprise. Ces deux pourquoi se croisent-ils ?

Un leader est un pourvoyeur de pourquoi. Le leader doit donner à voir et rendre explicite le pourquoi des missions et des tâches à réaliser. L’idéal serait que le leader incarne la raison d’être du service, ainsi serait-il inspirant et n’aurait pas besoin de mettre en place toute une série d’objectifs, d’évaluations et de contrôles avec la lourdeur organisationnelle que cela entraîne. Quelquefois le leader doit avouer que le pourquoi est parti dans l’insensé et l’arbitraire. Il faut donc retourner au mythe de Sisyphe : le roc à pousser vers le sommet, le roc qui redescend et qu’il faut à nouveau pousser. Le pourquoi pourrait se trouver non pas dans le but, mais dans l’acte même : il faut le faire même sans pourquoi !

Les risk-managers préfèrent les comment aux pourquoi : le processus est plus important que la raison d’être ou le but visé. Ils sont effrayés lorsque nous leur posons des questions sur les motifs de leurs attentions. Ils n’aiment pas la dimension contestatrice du pourquoi. Ils sont des effaceurs de pourquoi. Bien sûr, ils sont heureux et nous rendent heureux lorsqu’ils trouvent et dénoncent les inventeurs de faux pourquoi.

Le why peut s’avérer tyrannique : « l’empire du sens » nous domine et nous fascine. Il nous fonde et nous projette. Aimer d’amitié devrait nous inviter à la gratuité : il y a une vie aussi sans pourquoi.

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