X, Y, Z

Ainsi nomme-t-on des générations qui succèdent aux babies boomers (1945-1960). Les X (1961-1980), les Y (1981-1995) et finalement, les Z (1995), qui devraient eux représenter le 50 % de la génération mondiale ces cinq prochaines années, vont challenger les Xennials , une micro génération, 1977-1983, de l’entre deux X-Y, qui a passé d’un monde d’avant internet à l’implication totale dans celui-ci avec toutes les applications qui vont avec. Cette mini-génération est la charnière ouvrière des changements dans le monde du travail. A mon avis cette génération est plus symbolique que réelle, les anciens babies boomers et X en font partie. Il faut aussi prendre en compte que les babies boomers quittent de manière massive le monde du travail pour prendre d’actives retraites avec des jobs et des loisirs qui sont un marché en soi.

Pourquoi utilisons-nous des nomenclatures, des classifications pour appréhender les comportements humains ? Pour se simplifier la vie ? Pour apprivoiser un réel qui nous intrigue ? Par commodité ou par paresse ? La jeunesse de tous les temps a toujours été stigmatisée par les sages. De l’Egypte ancienne en passant par la Bible et Sénèque (Cordoue-Rome, -4 à 65, précepteur de Néron), avec une ironique tendresse, les citations caractérisent les nouvelles générations d’une impétuosité de mauvaise aloi qu’il faudra un jour apaiser et maîtriser.

Il ne faudrait pas prendre les classifications X, Y et Z comme étant LA réalité. Elles sont des représentations simplifiées qui pourraient nous masquer deux phénomènes qui nous soulèvent. Premièrement, dans les pays de l’OCDE, les babies boomers ne seront remplacés qu’à 60 % par les générations qui sont et qui arrivent dans le monde du travail. Un enjeu colossal, non seulement pour les caisses de retraite, mais pour assurer la livraison des produits et des services de demain. Deuxièmement, ce qui justifie quelque peu ces distinctions entre générations, il n’y aura bientôt plus que très peu de gens nés BC (before computer), mais tout le monde est AC (after computer) computérisé, digitalisé. Le rapport au temps se confronte donc à l’instantané, à l’immédiat. Ainsi la médiation, les relais et la hiérarchie des priorités deviennent de moins en moins nécessaires. Le rapport à l’espace défie la géographie pour nous transporter dans un monde globalisé avec des repères et des frontières qui s’effacent pour se recomposer incessamment. Toutes les générations, y compris les babies boomers, sont entoilées dans une configuration qui modifie en profondeur nos rapports humains, notre manière de penser, notre façon d’être au monde. Inévitablement notre rapport à l’univers du travail se reconfigure. Le temps au travail et les espaces de travail sont bousculés, stressés.
Il faut quand même tenir compte, y compris pour les Y et les Z que la réalité temporelle dure (les saisons et les années passent) et que la géographie est têtue (il faut aussi marcher même avec un iphone dans la main). Donc nous sommes dans une belle confrontation, non seulement générationnelle, mais nous vivons dans des civilisations en dialogue : celle de la dure réalité et celle de la réalité augmentée. Sans compter que l’Intelligence Artificielle va nous sidérer avec son univers en expansion. Les algorithmes vont copuler à plein tube et nous n’en reconnaîtrons plus les effets générés mais eux nous reconnaissent déjà. Donc l’humain au travail et à la maison vole aux éclats. Les classifications X Y et Z avec.


Comment les ressources humaines, ou le service de l’humain en ressources, vont-elles pouvoir œuvrer dans ce contexte ? Une idée simple serait d’accompagner les entités de l’organisation dans la création de familles intergénérationnelles. Il faut laisser les expérimentés se mettre à jour, par les nouveaux, sur les développements en cours et enjoindre les anciens de mettre au jour les potentialités de celles et ceux qui viennent de rejoindre la réalité ordinaire du travail à délivrer. Une sorte de mentoring en tous sens. Donc les plans de formation deviennent aussi élastiques que possible. Il faudrait même imaginer des rémunérations, à la fois collective : le succès de la « famille » intergénérationnelle dans sa globalité, et individuelle : la contribution personnelle à la connexion des savoirs et des potentiels. Un mentor n’est pas un coach, c’est quelqu’un qui a découvert des talents chez une personne et qui croit fermement que c’est un trésor à déterrer, donc à mettre à et au jour. Les compétences sont pléthoriques : jamais les personnes n’ont eu autant de savoirs concentrés. Mais où se trouve le gisement des potentialités qui vont permettre de vivre et de survivre dans un univers infini ?

Vous êtes un leader au futur dans la galaxie qui se dessine sous vos yeux ? Comme leader, vous savez que vous êtes unique. Vous n’avez pas de chance : les personnes qui vous sont confiées sont aussi uniques. Elles le savent et veulent être reconnues dans leur infinie dimension qui explose toutes les catégorisations. Vous voulez classifier ? Oubliez : l’individu, fût-il à la mode avec tous les signaux de sa tribu et de sa génération, se revendique comme non agrégable, a priori. Donc votre mission consiste à considérer (connaître l’univers, siderum) de votre interlocuteur pour avoir la connexion la plus forte. Vous n’êtes plus un chef seulement, vous êtes surtout un partenaire invité à réguler des échanges ouverts. Cela suppose que vous ayez vous-même des connexions multiples qui permettent à vos équipes de créer des dimensions nouvelles, innovantes, inattendues. Une piste : augmenter votre kilo cerveau en quittant des processus en tunnels pour développer une pensée analogique qui va vous donner une longueur d’avance sur les algorithmes géniaux et malins.

Vous voulez gérer le risque humain en entreprise ? Ne placez pas des puces partout pour surveiller les risques encourus. Créez des communautés de confiance-échanges, des groupes sensibles aux modifications comportementales et aux conséquences des changements sur les groupes et les individus. Faites gaffe : les organisations sont des marigots boueux, des crocodiles de toute génération et de toute taille se sont immergés sous la vase. Ils sont là depuis peu ou depuis longtemps, ils se font très discrets, mais ils ont pris le pouvoir dans l’étendue aqueuse. Ils ont la mémoire reptilienne du court et du long terme, si vous passez proche d’eux, des mâchoires dentées, rapides et silencieuses, vont vous hacher menu. Vous êtes chargés d’éliminer ces nuisibles et non pas de rendre l’eau transparente.

X Y et Z c’est la fin de cet alphabet, ajoutez toutes les lettres que vous souhaitez. Il s’agit de faire de sa vie une grammaire qui donne peu de règles, beaucoup d’exceptions et des conjugaisons qui mêlent tous les temps possibles pour que, finalement, l’à-venir et l’humour l’emportent.


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